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MessageSujet: Songes d'une nuit sanglante [Présent] Ven 24 Fév - 2:21
Au-dessus d'une antique autoroute, un panneau publicitaire. Une superbe affiche qui présente un merveilleux aspirateur cylindrique, qui traverse un tapis, avalant la poussière et les miettes de pain comme une tornade avale les maisons. En police métallique, grande, agréable à l’œil, un slogan choc, direct, efficace, une promesse électorale qui n'est pas si différente des campagnes des sénateurs de la Commune : « LA MEILLEURE PERFORMANCE DE NETTOYAGE ». Simplement, au bout, une petite astérisque précise, en beaucoup plus petit, italique, un peu transparent, « Parmi les aspirateurs sans fil de la marque ». Un panneau fissuré, sur lequel de la poussière s'est attachée depuis bien longtemps. Et en-dessous, un cadavre puant, pendu par le cou. Un homme encore vêtu de ses sous-vêtements, mais sale, crasseux, en décomposition, un corbeau perché sur ses épaules lui dévorant les yeux. Mais le corbeau déploie ses ailes et s'envole aussi tôt alors que deux monstres de métal viennent briser le silence paisible de cette antique autoroute que plus personne n'utilise depuis longtemps.

Deux jeep roulent à toute vitesse. Sur le toit des deux véhicules, une écoutille, et un militaire en dépasse, avec une mitrailleuse chambrée en 7.62mm entre les doigts, principalement pour repousser les animaux locaux. Par « animaux », je désigne bien sûr les créatures mutantes qui peuplent la savane néo-française, tels les phacochiens ou les chiens couverts de tumeurs. Mais je désigne aussi les humains. Les ribleurs. Les factions armées et dégénérées, qui aiment s'attaquer à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un militaire français. Ils sont attirés par notre équipement. Par le fait qu'on ait des caisses de métal blindées ou de l'équipement pare-balle. Ce qui provoque un cercle vicieux assez malsain, puisque la peur de se faire tuer et détrousser est ce qui nous force à amener encore plus d'équipement, et donc à attirer plus d'ambitieux ribleurs, etc...
...Sauf qu'à la fin c'est nous qui gagnons. Comme nous avons gagné la Guerre du Cratère.

- Vous allez bien, monsieur le juge ?
- Fort bien, mon commandant. Merci de vous soucier de moi.


Assis sur la banquette de la jeep se trouve un homme qui, contrairement à tous les autres, n'a ni casque, ni gilet pare-balle. Juste un beau costume-cravate et des chaussures de villes. Seul un vieux manteau, duster de cow-boy, comme dans les films, lui sert à se protéger de la poussière et de la saleté du dehors. Sur ses mains, un attaché-caisse. Dedans se trouve sa panoplie de juge-ambulant, notamment son marteau, pour demander à l'audience de se calmer. Je lui souris, un sourire forcé, pas vrai. Et je me remet à regarder devant, la route devant-moi. Le cadavre du panneau publicitaire ? Voilà le genre de chose que les juges laissent dans leurs sillages ; Nous, nous appliquons juste leur décision.

Le voyage est chiant. Pas de musique à l'auto-radio, juste des grésillements en provenance de la base, des unités qui parlent et qui échangent. On écoute toujours la fréquence, des fois qu'il y aurait un SOS, des gars en danger, qui demandent à des militaires de venir en renfort. Cet endroit est techniquement pacifié. Cette zone de Paris a depuis longtemps été nettoyée des gangs de ribleurs qui polluaient les champs. Mais... Ils peuvent revenir. C'est pour ça qu'on est déployés aujourd'hui. Pour éviter que les tensions renaissent dans un territoire calme et pacifié. Et s'il le faut, on va le pacifier de force.

- Caporal Aimé... Vous êtes né à Mont-Aigu.
- Heu... Non, mon commandant
, répondit-il après un moment de battement. Non, c'est mon père qui y est né, mais il a émigré vers la Commune.
- Qu'importe.


Il me fait un signe de tête, puis regarde à nouveau le sol, les coudes sur les bras sur les cuisses. On s'ennuie vraiment. Mais on va avoir l'occasion de se dégourdir les pattes, sitôt qu'on aura atteint notre objectif. Un bourg puant et dégénéré, rempli de consanguins, comme on en trouve des dizaines autour de Paris, comme des pustules qui se collent à un membre. Ces villages vivent, ou plutôt survivent, des quelques moyens de subsistance qu'ils ont. Les communautés les plus chanceuses ont accès à une mine, une carrière, une forêt, des ressources premières. D'autres se contentent d'exploiter des plaines, plus ou moins fertiles. Certains villages ont une population de plusieurs centaines d'habitants. D'autres ont juste trois familles de nomades autour d'une caravane, et un drapeau au milieu qui fait qu'ils sont « sédentaires ».
Mais laissez-moi vous éduquer sur ce cours de géographie : Rien de tout ça ne survivrait sans nous, les gars en bottes, prêts à établir notre régime de force.

- Voilà. Cap Hulet.

Le chauffeur désigne du doigt un patelin, qui est en bordure de la Seine, sûrement pour ça qu'on appelle le vilage « Cap » Hulet. On sait que c'est un lieu habité, parce que de la fumée sort de chaumières. Sûrement un forgeron local. Ou bien un barbecue.
On quitte l'autoroute, et voilà que la jeep se met à trembler quand les routes se retrouvent sur un sol boueux et sans asphalt. Mais on roule malgré tout. Plus lentement, mais on roule. On roule jusqu'à Cap Hulet, qui est entourée d'une palissade de pierre, pas très haute, qu'on peut escalader à deux.
On a même pas besoin de s'arrêter pour se présenter. Je crois que le fait qu'un drapeau tricolore vire-volte sur le toit de la jeep est un indicateur assez suffisant de notre allégeance. Les portes du village, flanquées de deux miradors, le tout en bois, s'ouvrent. Et nous nous retrouvons ainsi au centre du village, où on peut voir que quelques gens sont réunis, formant un arc-de-cercle autour de leur « place centrale » : Un puits.
On ouvre les portes des voitures alors que les moteurs vrombissent toujours, et que les mitrailleuses sont toujours debout, la tête hors des écoutilles. Un homme s'approche de moi. Chauve, grassouillet, et portant un vêtement religieux, et un chapeau sur la tête. Il me fait un signe de la croix et un signe de tête.

- Enchanté mon commandant. Je suis, le père Doriot, le prêtre de Cap Hulet.

- Bonjour mon père. Je suis le commandant Dole et je voudrais vous présenter le juge Pierre Michel, qui s'occupera de... « L'instruction » de l'affaire en question.


Pierre Michel sort. Je crois que le sol tremble sous ses pieds. Mais c'est moins à cause de son autorité (Il n'est qu'un homme mince et de petite taille) que du fait qu'il a le pouvoir d'ordonner les gens comme moi, les gens comme moi, qui sont musclés et armés. Il va jusqu'au prêtre, lui serre la main, et voilà que les deux se mettent à discuter.

- Bonjour mon père.
Votre village a-t-il un maire ?
- Je suis le maire de Cap Hulet, en plus d'être son prêtre.
- Bien mon père.
Où est donc le prisonnier ?
- Nous l'avons nourri et laissé à l'écart, il n'a pas été molesté. Mais sachez qu'il est bien coupable, et qu'il faut lui prodiguer le châtiment qui est prévu aux voleurs.
- Je déciderai de sa culpabilité après procès.
Vous avez une place centrale, bien. Les choses seront faites rapidement. Que l'on m'amène une table, une chaise, et les témoins. Nous le ferons ici, à la vue de tous, et à la fin de la journée, toute cette affaire sera conclue.


Je me permet donc d'approcher, et de me mêler de leur conversation.

- À ceci près qu'au-delà de cette mission de justice, il y a également une mission de paix.
Le préfet de cet arrondissement m'a accordé l'autorité de sous-préfet. Et s'il est vrai que justice doit-être faite... Il faut prendre en compte votre passif avec la commune de Mont-Aigu. N'est-ce pas ?

- Ah ! Le Seigneur m'a appris à pardonner ; Mais les gens de Mont-Aigu ne sont pas de la même race. Ils sont violents, paillards, et hérétiques, et Dieu ne nous en voudrait pas si nous les éliminions tous ! Croyez-vous que c'est la première fois que ce genre de chose arrive ? Il y a deux mois, lors de la fête de Saint-Martin, eh bien, figurez-vous, mon commandant, qu'ils ont volé une relique de mon église, en disant qu'elle leur revenait de droit. Et, six mois plus tôt, au moment des semailles, ils ont envoyé des enfants pour nous voler nos-
- Oui, oui, bien sûr, bien sûr...
Mais tout de même. J'aimerai servir de médiateur pour... Que nous ayons moins recours à une procédure d'instruction et plus... Un arbitrage. Afin d'éviter d'autres troubles futurs.

- Je ne comprend pas pourquoi, mais je ne contesterai pas votre autorité ! Sachez simplement que Romain sera puni pour ses méfaits !
- Monsieur le juge, je vous laisse ici avec une jeep et la moitié de mes hommes. Moi je vais m'enquérir des autorités locales, et leur proposer d'amener quelques représentants ici.
- Faites, faites mon commandant.


Je porte deux doigts à la bouche et me met à siffler. Je remonte alors avec des soldats dans notre monture d'acier, et après avoir roulé en marche arrière, nous franchissons les portes en bois.
Il suffit de contourner le village, où on voit des lignes de pêche montées sur la Seine, une sorte de minuscule port pour accueillir des péniches et des canots. Et nous retournons sur une vieille route départementale. Tout droit, une autre tâche, un autre patelin, lui aussi avec de la fumée qui en sort, et une muraille de pierre, et des portes en bois. La commune de Mont-Aigu, qui est, comme son nom l'indique, construite sur un mont, mais en aval de la Seine. Ce qui est marrant vu que Mont est en aval et Cap en amont. Eh eh. Je me fais rire tout seul.
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Fiche de personnage : Bilal Bouhadda
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit sanglante [Présent] Mer 8 Mar - 21:20
Y a-t-il un plus beau sens à donner à sa vie que la détestation de l'autre ? Athènes et Lacédémone, Rome et Carthage, République démocratique et république fédérale, Umma et Chrétienté, Batman et Superman, Donald et Dolan, Juifs et les autres, canards et écossais, chaque être intelligent a toujours eu cette atavique manie de compartimenter le monde dans la logique binaire du eux contre le nous. Vieille technique qui rend l'existence plus facile et trie l'univers en permettant ainsi une économie d'énergie cognitive considérable.

Bien que dupe comme tout le monde de cette construction cérébrale primaire, Bilel, à défaut de voir la poutre qu'il avait dans l'oeil, se gaussait intérieurement de la paille qui se trouvait dans celui des kafirs. Pour lui, tous ces gens qui se haïssaient, ils étaient tous faits de la même boue, avec leur ganache tachetée de son et rougie par le soleil des grands airs, avec leur pif couperosé au jus de raisin issu de vignes croisées ronces, avec leurs yeux clairs aussi expressifs qu'une truite et cette placidité qu'imposait comme un joug une vie courte pleine de gros soucis et petites vexations.

Enfin, il se gaussait...
Il s'était gaussé, il y a quatre heures, quand il était arrivé avec trois frères, guidé par Benv', un cousin de Romain, qui avait rameuté tout ce qu'il avait pu de porte-flingue. Cette belle parade d'une douzaine de crèvent-la-faim n'avait pas laissé la populace ci dessus décrite indifférente, mais c'était surtout à Driss, Tayeb et Bilel qu'allaient les plus belles oeillades. Driss, Tayeb et Bilel, il faut dire, ressemblaient tous à des cribleurs des déserts. En fait, ils se ressemblaient parfaitement. Trois têtes d'arabes soigneusement recouvertes de bandelettes, trois masques à gaz anonymes qui ne disaient rien et vous fixaient derrière leur gros yeux de plexiglas.

Interchangeables et fongibles, on aurait dit des putains de droïdes. Il y avait une poignée de saugrenus aux iroquoises fantasques dans l'essaim qu'avait rapporté Benv', même un gros moustachu avec un genre de masse accompagné d'un petit agité qui n'arrêtait pas de gigoter en gloussant, mais les trois ninjas dans le fond, ceux qui disaient rien, qui signalaient leur présence en occupant simplement votre espace, en respirant votre air, ceux-là frôlaient l'idéal type du concept d'Autre.

Mais au bout de quatre heures, on avait eu le temps de s'y faire, à la présence des « Autres. » Malgré l'anonymat produit par le silence et les masques à gaz, ils étaient, somme toute, des connards comme les autres. La communauté et les autres mercenaires tâchèrent de les ignorer, et quand les travaux pour fortifier la palissade déjà pas jojo qui enceignait le bourg (i.e. coller du bric et du broc pour faire gagner quelques dizaines de centimètres d'un garde-fou de tôle au muret mi-torchis mi-ciment lézardé qui formait leur rempart) commencèrent, nos trois masques se gardèrent bien, après quelques signes d'une conversation succincte, de mettre la main à la pâte. Quelques messes basses provoquèrent la rigolade de la cantonade, quelque chose à propos du travail et des arabes principalement de ce qu'en percevait Bilel, qui avait l'ouïe fine, puis de ses clones, comme les remarques allaient crescendo.

Les trois fantômes eurent une nouvelle conversation de fantôme et l'un d'eux partit rejoindre la Seine avant que la porte ne se fermât pour cause de fortifications.



Cinq heures. Les belles plaques de tôles étaient fixées à présent, et tout le monde s'ennuyait. A force d'habitude et de s'emmerder, les forts en bouche se jetaient des gros yeux et jouaient les fiers à bras. Tayeb et Bilel, eux, avaient opté pour un cacheton de psychamine, pour faire passer le temps. Mal leur en prit. Bientôt frère Laurent, particulièrement lié à notre Roméo de Romain et particulièrement échauffé par la tournure prenait ce qu'il considérait comme "l'amour entre deux êtres du Seigneur", vint accoster nos loustics pour leur expliquer en long, en large et en travers ce que c'était que le vrai amour, ce que la bestialité pouvait apporter d'enthéogénique à un homme et ce que le contact d'une vache avait d'humain. Il finissait une énième tirade sur la proximité génétique de la vache et de l'homme quand un voile de poussière avertit le village d'une voiture en approche.

Le silence aplatit la rumeur des groupes, qui se concentrèrent vers l'horizon lointain d'où s'élevait derrière d'une vieille jeep un manteau poussiéreux et l'oriflamme tricolore de la France. La tension monta d'un cran. Les yeux les plus aiguisés virent des hommes en armes et prévinrent leurs comparses. Tayeb profita de la diversion pour mettre son coude aux côtes de Bilel avant d'hocher de la tête vers un monticule avoisinant le village. La drogue faisant son effet et le cribleur ayant une vue pas dégueulasse, il aperçut la tête enturbannée de leur frère Driss. Il dépassait de la colline, tout allongé dans l'herbe éparse qu'il devait être, et quand Bilel poussa le regard, il aperçut dans un éclat la lunette accroché au fusil de Driss embusqué. "Arrête de regarder," lui fit comprendre d'un geste Tayeb, et Bilel tourna son masque vers le reste des soudards assemblés. Ils n'avaient d'yeux que pour le convoi qui s'approchaient inexorablement, silencieusement.

Quand soudain, une balle siffla et heurta la muraille de tôle qui hurla un cri métallique. Tous se baissèrent. Deux autres balles percèrent le silence. Certains aboyèrent des insultes. Ils ne savaient pas d'où venaient les tirs, sinon que c'était du dehors. A terre contre les planches sales, le coeur de Bilel battait la chamade. Il savait que c'était Driss et son canon qui était à l'oeuvre, qu'il avait pour mission de créer la confusion et le conflit entre les deux villages. Pourtant, il aurait juré que la balle l'avait frôlé.

La drogue fait son effet.
Une nouvelle balle fuse et son cri broie les coeurs des défenseurs.
Bilel se relève. Son masque le dérange, il en aperçoit chaque salissure, chaque défaut. Il voit mieux. Il voit plus loin. Il voit plus près.
Derrière ce risible mur de taule, sachant l'ennemi inexistant, il regarde l'équipage de la jeep se laisser aller à la confusion. Son coeur bat la chamade, mais sa main est sûre. Il agrippe le manche de son fusil. Il met en joue et vise le pavillon français.
Il ouvre le feu.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit sanglante [Présent] Ven 10 Mar - 19:54
La jeep continue de rouler sur la vieille route d’asphalte où seuls les corbeaux continuent de circuler, s'envolant soudain pour ne pas se faire renverser sous les énormes roues du véhicule blindé. Derrière, traînée de poussière ; Et le petit drapeau tricolore qui vole sur le toit, à côté du militaire qui est debout avec la mitrailleuse entre les mains. Le soldat s'est recouvert le visage avec un épais masque balistique, autant pour le protéger des balles que pour le protéger de l'extérieur. Il regarde, penché au-dessus de son arme, les doigts frôlant la détente. Sur son bras droit, un bel insigne qui désigne le monde d'avant, une sorte d'aigle coupé en deux avec des fleurs-de-lys, un symbole dont j'ignore la signification, mais il me semble qu'il a à voir avec une France très très ancienne qu'on lit dans les livres d'Histoire. Et sur le bras droit, le symbole de notre bataillon. Une tête de mort avec un couteau entre les dents. L'obsession avec les têtes de morts et les faucheuses sur les insignes est franchement incroyable dans notre armée, surtout une armée qui se veut être le rempart de la civilisation et de la grandeur. Mais je ne sais pas pourquoi, la plupart des soldats sont jeunes, et de jeunes gens violents par ailleurs. Cette iconographie macabre est typique de l'arme, de l'infanterie, d'autant plus quand cette infanterie de qualité exécrable n'est recrutée non pas parmi les hommes de la commune (Vivier de recrutement qui est généralement réservée aux officiers qui forment une pseudo-noblesse, et aux parachutistes qui montent des hélicoptères tels les chevaliers d'antan), mais parmi la crasse de Paris, les pauvres de Terminus, les populations marginalisées remplies de gueux qui ne savent ni lire ni écrire, et certainement pas en bon français. Et sur le véhicule, sur le tableau de bord, un grigri : Une croix chrétienne, et une petite inscription dorée, en latin, qui a été héritée du dernier chauffeur qui malheureusement est mort à son bord, transpercé par une balle de calibre lourd : « Militum Christi », l'armée du Christ. Tous les gars dans la bagnole, moi compris, sommes baptisés. Et bien que nous ne soyons pas ici avec l'autorité de l'évêque de Notre-Dame, nous espérons chacun pouvoir atteindre le paradis. La FNF et l'Église a une relation assez ambiguë, teintée de rivalité, notamment lorsque les chevaliers de la foi se ramènent avec leurs lances et leurs kalash accrochées à leurs destriers. Mais malgré nos 160 chevaux d'aciers et à moteur, nous avons tous un aumônier dans notre unité, et un diocèse aux armées.

On roule tranquillement, sans dire un mot. Pas eu le temps de donner des ordres ou de vraiment se lancer dans une discussion. Les soldats autour de moi ne me voient pas vraiment comme quelqu'un de proche d'eux. « Commandant », c'est un rang bien trop au-dessus de leur misérable office. « Lieutenant », « capitaine », c'eût encore été un moyen de faire la popote avec eux, mais non. Non. Là, tout ce que je demande à ces soudards qui sont bien assis le cul sur les sièges, c'est de l'obéissance. Ils ont l'air tous assez stressés, et s'ils parlent, c'est uniquement pour parler professionnellement. Comme le chauffeur qui note en pointant du doigt ce qu'il pense être un bon endroit d'embuscade, ce à quoi j'agite la tête pour lui répondre. Tout le monde connaît déjà la mission. Pas le contexte, pas l'engueulade entre les deux villages. Juste qu'il y a de la tension locale et qu'on doit protéger un juge. La contre-insurrection, c'est genre une bonne partie de notre travail depuis la fin des guerres du cratère. Fut un temps où c'était un temps de héros, de traques insatiables contre des factions armées gigantesques, avec des chars, de l'artillerie, des hélicoptères... Maintenant, c'est « gagner les cœurs et les esprits ». Lutter contre la résistance. Les bandes de psychotiques coupées de tout soutien. C'est aller de village en village pour distribuer de la nourriture et des vaccins. C'est sourire, être gentil et accorte. Mais le problème, c'est que comme je vous l'ai dis, on est des gars avec des images de têtes de mort sur nos bras et des fusils entre nos doigts. Vous vous doutez bien qu'on est pas le genre de fonctionnaires qui soient vraiment spécialisés dans le service à la personne. On est des sales cons. Comme tous les casqués d'ailleurs.

On entendit des coups de feu qui firent écho dans la vallée. Les coups de feu ça c'est un truc auquel on est habitués, qu'on peut reconnaître à notre ouïe fine. Le gars à la mitrailleuse est pris d'un courant électrique et se dresse sur son arme. Et là d'un coup tout le monde se met à piailler en même temps.

- On entend des tirs, on entend des tirs, fait le chauffeur en serrant le volant.
- Je vois des coups de feu depuis le village ! Se met à dire un peu plus fort le tireur alors qu'il lève un de ses yeux vers le réticule de son arme.
- N'ouvrez pas le feu, j'ordonne sèchement en me saisissant de la radio du tableau de bord, pour commencer à décrire notre avancée au commandement. Sanctuaire, ici Bouvines 1, on entend des tirs et-

Plusieurs chocs métalliques se font soudain entendre contre le véhicule, et l'une des vitres se fissure en plusieurs petits impacts inférieurs à une pièce de 2€ et hors de la vue du conducteur. On se baisse tous, alors que je me met à parler plus fort dans la radio.

- Ici Bouvines 1, nous essuyons des tirs ! À vous !
- Bouvines, ici Sanctuaire, d'où proviennent les tirs, transmettez ?
- Sanctuaire, ici Bouvines 1, les tirs proviennent de la commune de Mont-Aigu ! Transmettez !


Le chauffeur pivote soudain sa tête vers moi.

- Chef, chef ! On continue d'avancer ou quoi ?! C'est quoi le plan ?!
- Arrêtez le véhicule dans une couverture adéquate !
- Y a pas de couverture adéquate chef, c'est tout un terrain plat ici !
- Eh bah continuez d'avancer jusqu'aux murs de la ville alors !
Je lui répond en pestant, avant de me saisir à nouveaux de la radio. Sanctuaire, collationnez ?!
- Bouvines, je vous demande si vous avez des blessés, parlez !
- Négatif.
- Bouvines, repliez-vous immédiatement et quittez la zone, à vous.


Je me tourne dans mon siège pour donner un coup sur le genou du mitrailleur, qui tremble et hésite.

- Exécute un tir de riposte.
- Oh ouais ! C'est parti mon commandant !


Voilà le problème.
Le problème c'est que mes gars, je vous l'ai dis, sont des débiles mentaux. Des débiles mentaux armés et avec des écussons à l'effigie de têtes de morts. Des débiles mentaux qui ont passé les dernières années à se battre, à castagner des terroristes et à faire des fouilles au corps assez glauques. Des gars durs. Des gars qui sont plus spécialisés dans la destruction humaine que le contact humain.
Et le problème c'est que, techniquement, ma mission est de faire en sorte que rien ne se termine en bain de sang ; D'autant plus que le préfet m'a expliqué que les deux villages sont d'une importance stratégique.
Du coup, je suis dans une situation très très merdique. Parce que non seulement je me fais canarder, ce qui est pas cool, mais je n'ai pas envie que mes soldats canardent en retour ; Et en même temps j'ai pas envie de rentrer avec un mort sur la conscience, ou moi-même mort !
Je me penche donc sur le tableau de bord pour regarder la fenêtre fissurée par des impacts de la vitre pare-balle. Et alors que le véhicule continue de rouler à fond, dans un rugissement de moteur, tout droit vers Mont-Aigu, le mitrailleur sur le toit commence à ouvrir le feu. Il tire sur les plaques de tôle par courtes rafales de 4-5 balles, plusieurs fois, le recul de l'arme lui frappant l'épaule. On voit des trous se former sur la plaque. Des trous fins mais nombreux, assez nombreux pour en faire passer la lumière.
Une fois que la jeep est à 10 mètres de la porte, j'ordonne soudain au chauffeur d'arrêter de rouler, et au mitrailleur de cesser de tirer. J'ouvre la porte de mon véhicule, et alors, deux militaires à l'arrière m'imitent. On laisse les portières grandes ouvertes, pour se protéger derrière, alors que je tire un mégaphone du barda standard de la jeep. Juste le temps de l'allumer dans un grésillement électrique, et de viser vers les murs du village, pour me mettre à hurler les habitants.

- Je suis le commandant Thomas Dole, sous-préfet de la Commune ! Je porte l'autorité de la République et de son armée ! Je vous ordonne d'immédiatement cesser toute agression envers l'armée française, de déposer les armes et d'ouvrir l'accès à votre village !


Au diable la diplomatie. Les bâtards ont tiré sur le drapeau français ! Ils se rendent pas compte dans quelle merde ils se foutent ?!

- Sans quoi nous riposterons jusqu'à votre neutralisation !
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit sanglante [Présent] Dim 19 Mar - 16:51
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Songes d'une nuit sanglante [Présent]
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